Qu’il est douillet de se glisser dans les draps déjà chauds de l’habitude.

Amante toujours accueillante et peu exigeante, elle pardonne tout.

Quel plaisir de retrouver cette petite bosse créée au fil des ans dans la mousse du canapé, de savoir que les chaussons sont là, exactement à quelques centimètres du pied du vélo d’appartement, de commander toujours la même chose dans ce restaurant où tu viens très souvent le dimanche soir, de dire bonjour avec le même allant pour la millième fois au gardien de l’immeuble d’à coté, de glisser la clef dans cette même serrure.

Cela commence à combien, une habitude ? Deux fois, peut-être trois…

C’est la première fois qui compte, tout le reste n’est qu’habitude.

La première fois, tout paraît lointain, difficile, exotique, ce pincement au cœur qui fait battre un peu plus fort parce qu’on ne sait pas, ces secondes qui s’égrènent et qui semblent des ans. Cet émerveillement, cette peur parfois, cet effort nécessaire pour comprendre ce qui se passe, savoir où l’on se trouve, savoir à qui l‘on parle.

Et puis le lendemain, tout semble quotidien. Les gestes se rejouent, les distances s’écourtent, l’esprit se vide de réflexion, on est à la maison.

Quelqu’un nous dit que pour faire quelque chose parfaitement, il faut l’avoir fait dix mille heures. C’est à ce moment que les connexions neuronales se subliment, que l’on passe du vol du condor à la vitesse de la lumière. J’en conviens, mais cela m’ennuie.

Je veux une vie faite de première fois. Un éternel dépucelage.