Ce vendredi 04 mai à la folie paris (19e arr.), le street artiste In Love réalisera une performance en public pour la troisième édition des Art & Music session de Melodic Diggers. C’est donc l’occasion d’en apprendre un peu plus sur sa démarche, ses influences et sa vision de la société. Interview.

Tibère : Tout d’abord, peux-tu nous raconter comment tout ça a commencé ?

Au départ, le compte Instagram est une blague. Les cœurs et les mots d’amour sur les murs sont des déclarations d’amour pour ma nana. L’histoire commence, ironiquement, le 1er avril 2017. Je voulais lui écrire ce que je ressentais, elle aime beaucoup le street-art, c’est un milieu qu’elle connaît bien. J’ai commencé par lui envoyer des dessins d’amour venant d’autres personnes.

Un jour, je me baladais dans un quartier où il n’y avait pas grand chose sur les murs. Je me suis dit : “mais pourquoi pas l’écrire toi-même ?”. Je suis rentré dans une librairie, j’ai acheté un feutre bon marché et me voilà graffeur… Ça l’a beaucoup touchée. Je me suis pris au jeu. Elle publiait les photos de mes dessins sur son compte Instagram. C’était vraiment entre elle et moi.

T : C’est toi qui photographie tes dessins ?

A l’origine non. Je dessinais, souvent dans des lieux que je sais qu’elle fréquente, et c’est elle qui prenait une photo quand elle en trouvait.

T : Comme un jeu de piste ?

C’est un peu ça oui. Puis après, comme il y en avait beaucoup et qu’elle ne pouvait pas tout voir, je prenais la photo et lui envoyait. Au début, j’écrivais son prénom sur les murs, accompagné de “je t’aime” et autres mots doux. C’est devenu un peu gênant pour elle d’avoir son prénom écrit aux quatre coins de Paris, et je la comprends ! Je suis donc passé aux mots d’amour anonymes accompagnés de cœurs rouges, puis d’arbres cœurs comme on les voit maintenant.

T : C’est là que ces mots d’amour peuvent s’approprier par tout le monde ?

Oui effectivement, vu que ça n’est pas nominatif.

T : Est-ce qu’aujourd’hui, vu que ça a pris de l’ampleur (on note que Melodic Diggers t’invite à faire une performance le 04 mai à la folie paris), tu as revu ta manière de faire des cœurs ? Est-ce que tu y a apporté une dimension de diffusion de l’amour ?

Non, c’est la même chose. Ce qui a changé c’est plus le côté création. À force d’en faire sur les murs, tu vois qu’il y a des endroits qui sont plus sympa que d’autres à graffer, des moulures, des fenêtres, des formes qui semblent intéressants à agrémenter.

T : Ok, c’est donc un délire entre vous, s’il y a des gens qui se rattachent à votre mouvement pourquoi pas mais sinon c’est pas grave ?

Oui et non. C’est involontaire. Mon message, c’est pas : “aimez vous les uns les autres”. Je suis ravi si nos messages transmettent l’amour mais, à la base, ce n’est pas pour ça, c’est pour elle. Par contre, si ça se propage, nous on trouve ça génial ! Car il vaut mieux transmettre des messages positifs que le contraire !

T : Qu’est ce que tu penses de l’amour 2.0, des sites de rencontre, du porno qui dénature la vision de l’amour… Tu peux nous en dire un mot ?

Moi je pense que tout est bon. Chacun fait ce qu’il veut. On peut tomber amoureux sur un site de rencontre ou dans un bar, il n’y a pas de recette. Je pense d’ailleurs que tout ce qu’il y a sur Internet, Facebook, Instagram, ça te ressemble, c’est un miroir. Quand on dit que Facebook est une poubelle, c’est parce que tu en fais une poubelle ! Si tu filtres les gens et les pages pour n’avoir que ce qui te ressemble et qui te convient il sera très bien ton Facebook !

Les films pornos, il y a mille façons d’en voir. Je n’ai pas de jugement dessus, c’est rentré dans notre culture. Il n’y a pas un gamin de 17 ans qui n’ait pas vu un film porno aujourd’hui. Il y a tous les niveaux, les degrés de pornographie. L’important c’est de ne pas subir, mais de faire comme on a envie de faire. Mais dire que le porno tue l’amour, je ne suis pas vraiment d’accord… Dire que le porno peut donner une image peu flatteuse oui pourquoi pas. Après, il y a des gens qui s’aiment et quand ils font l’amour ils le font de façon brutale, forte, comme tu peux le voir dans certains films de cul. Si c’est leur délire, si c’est consentant, tant mieux !

T : Et la haine ? La rage ?

Elle existe aussi ! Quand tu écris sur les murs c’est que tu en as un peu en toi. Il ne faut pas être tout le temps dans la rage, mais par contre qu’est ce que c’est bon d’être tout le temps dans l’amour (rires). L’amour rencontre des choses, y compris la haine, la douceur, la rage, c’est ce qui fait que l’amour est intéressant, il faut qu’il soit un peu cabossé.

T : Notre monde aujourd’hui, tu trouves qu’il est plus dans l’amour ou dans la haine ?

C’est compliqué, parce qu’on sait beaucoup plus de choses qu’avant. Avant, pour avoir des nouvelles, il fallait être attentif, lire des journaux, ouvrir ses oreilles. Maintenant avec Internet tu as tout en 5 secondes ! Je suis persuadé qu’on vit toujours mieux aujourd’hui qu’hier. Il faut juste faire le tri. Les jeunes gamins de 12-14 ans ne ressemblent pas à des gamins du même âge il y a 30 ans. Ils sont plus rapides, plus lucides, ils se font moins avoir… Parfois ils se font doubler mais assez vite ils vont réagir, parfois durement ! Les gens bougent beaucoup plus qu’avant, les frontières sont plus poreuses, les cultures bougent. Quand l’homme ne connaît pas il peut être méchant, mauvais. Mais globalement c’est bien reçu. Je pense que s’il y a une chose qui dépasse tout, c’est l’amour. Où que tu ailles, tu fais un cœur, les gens comprennent, ça vient de loin, c’est profond. Le langage de l’amour est beau, international et tout le monde s’y associe.

T: Ta copine aime beaucoup le Street Art… et toi, tu aimes ça ?

J’ai appris à aimer ça. Le Street Art, avant d’être du Street Art c’est de la rue. Dans les années 1980/90 je connaissais des grapheurs et on n’appelait pas ça des street-artistes. C’est surtout le côté vandale qui m’excitait à l’époque. Le truc le plus marrant c’est de le faire là où tu ne peux pas le faire ! Je m’y intéressais donc plus ou moins, après j’ai oublié, puis j’ai rencontré ma nana, bien branché dessus, et je m’y suis replongé. Après, moi je ne me revendique pas street-artiste, je me revendique amoureux…

Quand tu es artiste, ton œuvre est dans ta tête bien avant, tu la réfléchis par rapport à la société. L’artiste c’est un critique, un miroir. Parfois c’est concret, parfois abstrait, parfois ce n’est pas assez violent, mais l’Art ne fait que refléter le Monde. C’est d’ailleurs pour ça que c’est l’une des premières choses qu’un dictateur éradique !
Il y a des artistes que j’aime bien, je pense notamment à Treize Bis qui fait du collage. J’aime bien le collage comme Murmure Street aussi. Personnellement je ne m’aventurerais pas là dedans car ce sont vraiment des démarches d’artistes… et qu’un simple feutre me suffit à écrire ce que j’ai à écrire.

T : Justement, est-ce qu’il y a des artistes avec qui tu aimerais faire des collaborations ?

C’est compliqué les collab’, car quand je graffe je suis avec ma nana dans ma tête, je ne pense qu’à elle. Ce que je fais c’est que si un artiste me demande une collab’ je lui demande son accord pour graffer sur ses œuvres et s’il est d’accord, en me baladant, je vais graffer à côté ou sur son travail. C’est une collab’ mais sans se voir. Le 04/05 c’est la première fois que je travaillerai en faisant une performance devant des gens, je ne sais vraiment pas à quoi m’attendre.
Je ne souhaite pas que mon travail soit mélangé avec d’autres messages puisque le mien est très particulièrement ciblé, pour ma nana. Je veux que le message soit à part, sauf avec Murmure Street parce que lui, à mon sens, c’est vraiment une invitation.

T : On espère qu’il te pardonnera !

Oui ! Je prends ses collages, comme des invitations. Après, une vraie collab’, vu ma démarche c’est compliqué. J’ai du mal à être dans le même délire, parce que je suis dans le mien qui est particulièrement fort et amoureux, et je me retrouve un peu dans ma bulle.

Pour finir, je suis très content d’être amoureux. Voilà 🙂

Retrouvez In Love sur Instagram et le 04/05 à la folie paris pour la Art & Music Session de Melodic Diggers.

Propos recueillis par Tibère Debouté.